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Comment reconnaître les fake news

| Bettina Bichsel

Internet est une mine d’informations sans pareille. Mais ce que l’on y trouve n’est pas nécessairement vrai. En temps de guerre notamment, bien des nouvelles, des photos et des vidéos sont manipulées ou placées dans un contexte erroné. Même les experts peinent parfois à déceler les fausses informations. Pour les enfants et les jeunes, c’est encore plus difficile ; ils ont donc besoin du soutien des adultes. 

La guerre est toujours aussi une guerre de l’information. Et sur Internet, les informations, que ce soit sous forme de textes, d’enregistrements audio, d’images ou de vidéos, se répandent très rapidement. Les rédactions d’actualités s’efforcent de vérifier le caractère véridique des informations. Les grandes entreprises de médias comme la RTS ou le Temps disposent de collaborateurs employés précisément pour cela : ils contrôlent les contenus qui circulent en ligne ou qui leur sont envoyés.  Titus Plattner, journaliste anti-fake nes, nous explique ce que cela signifie exactement dans cette interview.

Google street view, données météorologiques et profil utilisateur

La géolocalisation est un exemple d’outil de décryptage important : à l’aide de Google street view ou de son équivalent russe Yandex, les journalistes vérifient si une photo ou une vidéo provient bien de l’endroit où elle a prétendument été prise. L’heure à laquelle une image a été prise et les données des services météorologiques peuvent aussi fournir des indications précieuses. Étant donné qu’aujourd’hui, beaucoup de choses passent par les réseaux sociaux, les profils des personnes à l’origine des informations sont passés au crible. Les personnes qui vérifient les faits tentent ainsi de découvrir s’il s’agit d’une source fiable ou si un bot informatique se cache derrière, c’est-à-dire non pas une personne réelle, mais un compte créé uniquement à des fins de désinformation.

Les experts eux-mêmes admettent qu’ils ne parviennent pas toujours à démêler avec certitude s’il s’agit d’une information vraie ou de fake news. En particulier lorsque les services secrets s’en mêlent – ce qui est souvent le cas en temps de guerre –, la vérification devient presque impossible.
 

Trump, le COVID et maintenant la guerre en Ukraine

Désinformation, propagande, rumeurs, théories du complot - tous ces phénomènes ne sont pas nouveaux. Mais depuis la présidence de Donald Trump aux États-Unis, le terme fake news est devenu connu de tous. En plus des rédactions classiques, dont le travail journalistique consiste à vérifier la source et la véracité d'une information, il existe de plus en plus d’organisations ayant pour but d’identifier ce genre de fausses informations circulant sur la toile et de les rendre publiques. En outre, les personnes qui vérifient les faits échangent entre elles et collaborent sur le plan international.

La pandémie de COVID-19 leur a donné beaucoup de travail. Actuellement, leur activité se concentre toutefois principalement sur la guerre en Ukraine.  Et même les médias traditionnels publient leur évaluation sur la question de savoir si et pourquoi les informations sur Twitter, Instagram et d'autres réseaux sociaux peuvent être considérées comme crédibles ou non (par ex. Le Monde).

Les jeunes sont critiques à l’égard des informations en ligne

Les enfants sont particulièrement vulnérables à la désinformation. Plus un enfant est jeune, plus il aura tendance à croire ce qu’il voit. Mais les adolescents aussi ont de la peine à déceler les fake news, même s’ils ont conscience que de nombreuses informations qui circulent sur Internet sont fausses. Dans un sondage mené par la ZHAW auprès de jeunes âgés de 12 à 19 ans en Suisse, seulement 20 % des personnes interrogées jugeaient qu’Internet était une source d’information fiable. La plupart d’entre elles considéraient que la moitié, voire une plus grande part des informations disponibles en ligne n’était pas vraie. Malgré cela, Internet et les réseaux sociaux représentent la source d’information la plus importante pour la grande majorité des jeunes.
 

 

Avoir des compétences médiatiques signifie aussi être capable de reconnaître les fake news

En cas de doute sur la véracité d’une information, les adolescents cherchent généralement la discussion avec une personne de référence ou avec des jeunes du même âge. Certains se fient aussi simplement à leur intuition. Seule une minorité des jeunes utilise des stratégies de vérification des faits. Agir de manière compétente face aux médias signifie pourtant aussi connaître, si ce n’est appliquer, ce type de stratégies.

Quelles sont donc les principales astuces pour débusquer la désinformation ? Une possibilité est de copier le titre d’une nouvelle ou un mot clé issu du contenu et de le coller dans le champ d’un moteur de recherche, associé aux termes « fake news » ou « vérification des faits ». Cela permet de voir rapidement si des professionnels sont déjà parvenus à une conclusion au sujet de cette information.

Vérification des faits : comment procéder ?

Pour se former sa propre opinion et effectuer soi-même une vérification des faits, voici une manière de procéder :

  • Le titre et le contenu de la publication donnent de premières indications : les deux sont-ils liés et cohérents ? Le titre est-il particulièrement racoleur et le texte cherche-t-il principalement à susciter des émotions ? Dans ce cas, la prudence est de mise.
  • La source de l’information est-elle clairement indiquée ? Quelles personnes sont citées ? Quelles sont les indications pouvant donner à penser qu’il s’agit d’une information sérieuse ?
  • Qui est l’auteur/autrice de l’information ? Son nom est-il clairement indiqué ou du moins facile à trouver ? Les sources « neutres » sont plus crédibles que quelqu’un qui cherche à transmettre une certaine opinion ou un certain message.
  • Par quels canaux l’information est-elle diffusée ? Si des médias professionnels en parlent, cela peut signifier qu’ils estiment qu’elle est crédible.
  • Que donne la recherche inversée d’une image (par ex. avec TinEye ou GoogleImages) ? La photo est-elle vraiment actuelle ou a-t-elle déjà été publiée plusieurs fois, peut-être même dans un autre contexte ? Si oui, il s’agit très probablement d’une fausse information.
  • Dans le cas des vidéos, les manipulations sont plus difficiles à déceler, notamment parce que les techniques actuelles offrent de nombreuses possibilités de trucage. Des outils comme Amnesty-Video-Check permettent de vérifier si une vidéo sur YouTube est réellement nouvelle.


En tant que parent ou personne de référence, vous pouvez aider les enfants et les jeunes à ne pas prendre pour argent comptant tout ce qu’ils voient et lisent sur Internet. Qu’il s’agisse de vidéos que leurs amis leur ont envoyées, de publications d’influenceurs ou d’influenceuses ou d’articles d’un site d’actualité, vérifiez les faits avec votre enfant. Montrez-lui qu’il est important d’adopter une posture critique afin de se forger sa propre opinion, expliquez-lui que certaines personnes cherchent par tous les moyens à convaincre les autres de leur avis, et que la désinformation est souvent utilisée en temps de guerre comme outil de propagande. Tout cela n’est pas nouveau, mais Internet offre aujourd’hui des possibilités encore plus nombreuses et élargit nettement la portée de la désinformation.  

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Vous trouverez d’autres informations sur ce thème sous notre rubrique → Fake news et manipulation.

 

 

Bettina Bichsel est journaliste et rédactrice. Elle écrit et blogue pour Jeunes et Médias, parmi ses diverses activités.